Une analyse macro-économique intéressante de Dexia Asset management sur les fonds ISR (socialement Responsable), et les tendances que Dexia AM perçoit dans le marché mondial de production de l’énergie.
Face au risque nucléaire civil, les Etats se doivent de réagir à l’extrème sensibilité de leurs opinions publiques. De même qu’ils doivent prendre en compte ce qui apparaît comme une réalité bien tangible après la catastrophe de Fukushima : le niveau d’évènements à faible fréquence et trés fort impact : gros séismes, tsunamis, innondations mais aussi sécheresses comme on l’a vu alors que la Garrone était à l’étiage, l’été de la canicule obligeant l’EDF à arroser des réacteurs pour faire baisser leur température…
Cette prise en compte politique se reportant mécaniquement sur l’exigence des régulateurs de ce marché va avoir un effet sur l’accroissement des coûts réels des modèles économiques du nucléaire. En fait certains de ces coûts étaient pour la plus part cachés notamment pour les coûts de déconstruction et de réversibilité des sites et ils vont désormais devoir être traités avec transparence comme avec n’importe quel projet industriel, ce qui est une petite révolution. Les prochaines échéances électorales pourraient permettre d’ancrer et d’incarner un peu plus cette révolution dans les faits et dans une transparence attendue par l’Opinion.
La prise en compte de ces impacts en terme de défense en profondeur va avoir des répercutions sur les mises à niveau des parcs existants, mais aussi sur les nouvelles générations de réacteurs qui devront les intégrer nativement : pour l’exemple de Fukushima, la vague du tsunami était de 28 mètres, ce qui sous entend de créer et d’anticiper des mécanismes de défense en profondeur permettant de maintenir un niveau de sécurité “normal” face à des événements d’une telle ampleur. Se posera toujours la question de connaître la fréquence de phénomènes naturels d’une telle ampleur, si ce phénomène reste le plus important possible, et si ces phénomènes peuvent statistiquement intervenir pendant la durée de vie de la centrale…
Car dans cette affaire, les chiffres étaient connus (d’autres tsunamis ont été reportés dans l’histoire du Japon), mais dans leurs calculs, les ingénieurs et les investisseurs ont choisi des hypothèses de départ, réalisé des évaluations puis des choix en fonction de critères se révélant aujourd’hui inadaptées à la réalité ! Avec un impact démesuré au regard de l’investissement : nous sommes en plein dans les principes du risque de développement ! Mais si l’on intègre toutes les conséquences d’un tel impact sur la valeur économique de la production de kiloWatt heure d’électricité (pollution/dépollution, perte de production, déconstruction compliquée par la catastrophe, immobilisation des terres, perte en PIB de la zone…), le vertige nous prend !
L’ensemble des acteurs industriels mondiaux vont donc être obligé de voir leurs exigences en matière de sécurité revues à la hausse, sous contrainte de cette réaction des opinions publiques mondiales. Une réaction pouvant parraître légitime après une période de développement commercial où malgrès les vigilances mises en place, les industriels n’ont pas pris la mesure de la gravité de systèmes qu’ils exploitent : les manquements constatés du côté de l’opérateur Japonais étant emblématiques d’une maximisation de la rentabilité au détriment d’une conscience du danger. L’abberration à construire une centrale au bord de l’eau sans protection face à une zone propice aux tsunamis de cette ampleur qui semblent revenir environ tous les 70 ans ne peut être lu que comme une inconséquence de la chaîne de décision ou bien comme la faiblesse réelle du modèle économique des centrales nucléaires !
Face à la complexité des sujets à traiter, les bonnes pratiques devraient être généralisées à l’ensemble des sites, tirant la sécurité vers le haut. C’est le message que Nicolas Sarkozy est allé porter au Japon le 31 mars 2011 en vantant les mérites de l’industrie nucléaire Française. Un mérite semble-t-il reconnu internationalement. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois… Mais plus encore il s’agit probablement d’une urgence commerciale à tenter de dévier un refus trop catégorique des évolutions de ce marché, mortel pour l’EPR, sans parler d’ITER…
Mais on pourrait voir dans cette communication des différents Etats parlant de moratoires ou de gels des programmes existants (Italie, Chine, Allemagne…), un effet de manche, une stratégie de communication destinée à amortir le choc de l’émoi des opinions publiques, permettant à cette industrie d’une part de remonter véritablement le niveau de sécurité des sites en exploitation, et ensuite de gagner du temps pour revenir au créneau par leur mode opératoire habituel pour convaincre les politiques publiques du bien fondé de l’intérêt de leur industrie et du vide à l’entour avec les autres solutions (Gaz, Charbon et fioul non envisageable à moyen terme, éolien et photovoltaïque trop couteux et trop alternatif… on connaît la chanson).
En revanche, un grain de sable pourrait apparaître dans leur stratégie et elle pourrait venir des investisseurs eux-mêmes : les états sont endettés et certains au bord de la faillite. La gabgie des dépenses publiques sans rendement de l’euro investi est en train de devenir une bonne pratique… La multiplication des fonds Investissement Socialement Responsables ISR et leur recherche de projets “véritablement ISR” draîne de plus en plus d’investisseurs. On pourrait imaginer que même pour les fonds souverains, constitués à grand renfort de la vente de leurs bijoux de famille (leurs richesses minières), vont s’incliner à gérer ces fonds avec une grande lucidité sur le long terme notamment sur ces sujets qui touchent aux énergies du futur.
Dans leur analyse coût bénéfice, la part de risque de mauvaise rentabilité ou tout simplement d’incertitudes sur la réalité de la rentabilité d’investissements dans des projets énergétiques intégrant du nucléaire pourrait les faire mécaniquement se reporter sur d’autres sources d’énergies aux modèles économiques moins rentables avant cette catastrophe japonaise et désormais le devenant plus…
Et dans ce jeu économique, les régulateurs et les enjeux politiques des Etats pourrait sonner un renversement de tendance…
A suivre…
http://www.boursereflex.com/actu/2011/03/30/isr_la_part_du_nucleaire_ira_decroissant_dexia_am
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